(Sur Les temps d'étang #12) Beauté vaporeuse
(Sur Les temps d'étang #12)
Beauté vaporeuse
Sommeil hivernal
L'étang creuse sa profondeur.
© Maria Ardouin
(Sur Les temps d'étang #12)
Beauté vaporeuse
Sommeil hivernal
L'étang creuse sa profondeur.
© Maria Ardouin
(Sur Retraite)
Laissez-moi une fois encore effeuiller mes ors.
Laissez-moi, une dernière fois, faire scintiller mes feux.
Enfin, dans une ultime flambée, une dernière poussière de cuivre
Quelques feuilles s'accrochant au souvenir de leur lointain été,
Saluant le solstice
Je céderai la place avec élégance
Aux ombres majestueuses de l'hiver.
© Ariane Adam
(Sur Insomnie)
Le Styx ourlé de neige oblique
Charrie nos souvenirs
Etirés de noir, martelés de blanc.
Ceux qui passent
Laissent la place
A l'éternel avenir.
© Maria Ardouin
(Sur Insomnie)
Insomnie
La neige était sale et la mariée était en noir. Le marié portait en sautoir le soleil noir de sa mélancolie.
Les invités en queue de pie scandaient :" Un p'tit noir au comptoir, un p'tit noir au comptoir..." en buvant du Black and White.
"C'est l'heure des dominos" dit l'un d'entre-eux effeuillant un dahlia noir.
"Pour ça il nous faut le mot de passe".
" Le parfum de la dame en noir" répondit un pierrot dégingandé qui dégustait un blanc-manger.
Les dominos claquaient sur un rythme en deux temps: clac-clac, clac-clac, clac-clac.
Clac-clac, clac-clac... Le volet décroché me réveille et me libère de mon cauchemar en blanc et noir.
Pardon à G. Simenon, G. Leroux, G. de Nerval, J. Ellroy.
© Ariane Adam
(Sur Je peins la neige)
Les pigeons d’Hélène
écrivent des poèmes chinois
sur la neige immaculée de mon cœur
Mais les neiges urbaines, les neiges urbaines …
Les neiges urbaines
sont neige blanche et neige grise
Neige jaune et neige rose
Les neiges urbaines sont les empreintes
de notre geste quotidienne
Les neiges des villes
c'est aussi la sloche sale
piétinée aux abris d’autobus
par la foule des impatients
Les neiges des villes
c'est aussi neige des jeux d’enfants
remparts de glace et balles de neige
des cours d’école prisent d’assaut
Mais les neiges urbaines c'est encore
neige virginale des parterres d’église
Tel un vitrail ajouté un matin d’hiver
par un espiègle rayon de soleil
Neiges urbaines
comme ces diamants tombés du ciel
sur des trottoirs saupoudrés du sel des Îles
ou de l’épandage des rocailles de montagne
Les neiges urbaines sont aussi
neiges noires des villes suffocantes
sous les dioxydes de carbone
Neigeant les vents de chien
Pour vous mordre avec rage
Mais ces neiges urbaines sont miennes
elles m’appellent et je vais m’y promener
en récitant des poèmes chinois, en chantant ou en priant…
© Julien Hoquet
(Sur La neige dans la peinture européenne)
Une pie, tant pis
Ah! Qu'en sais-je?
Sur une clôture
Portée de solfège
Où bientôt
Pointeront peut-être
Deux pies et ce sera tant mieux
Ainsi tombera l'arpège
Sur les pas du peintre
Vais-je?
Laisser quelques empreintes
Où dansera le cortège
D'ombres cobalts
Et de lumières fabuleuses
Dussé-je?
Instantanément de ce piège
Révéler l'impression douloureuse
La pie bavarde
Quand son gosier s'étrangle
Ô sacrilège
En ce jardin enneigé
Si frêle
Qui ne s'allègent
Que de ces jacassements
Alors, qu'aurais-je?
Si elle picote mon cœur
Et ses ombelles glacées
Des flamboyantes Norvège
Une pie bavarde
Dans la neige
Que n'ai-je?
Deux pies qui chanteront
Encore au printemps
De tous mes sortilèges
© Julien Hoquet
(Sur L’arbre et la neige)
Claude, Camille, Jean, Auguste...et les autres.
- Dis Claude, t'as vraiment fait çà?
- Ben ouais...
-Tu ne vas pas l'exposer quand même?
- Ben...Si.
- Qu'est-ce qu'il t'a pris?
- J'avais perdu mes couleurs.
- Ah! Ça peut expliquer. Mais n'empêche ça surprend. Les habitués vont
devoir s'habituer
- Moi, je ne trouve pas ça mal, ça change
-Ah, pour changer, ça change, c'est bien ce que je disais. Franchement
Auguste, tu ne te mouilles jamais.
- Camille, tu ne dis rien, t'en penses quoi?
- Bof, moi tu sais, le noir et blanc… Mais avec du recul et sous un certain
angle...
- Bon sang dis ce que tu penses pour une fois!
- Je dis que Sainte Victoire, çà c'est quelque chose.
- On ne parle pas de Sainte Victoire. Paul est absent et on ne parle pas des
absents. On parle de cet arbre, dernière oeuvre surprenante de notre ami
Claude.
- Et tu comptes l'appeler comment s'il te plaît?
- " Impression arbre noir en blanc".
- J'ai comme une impression de déjà entendu.
© Ariane Adam
(Sur L’arbre et la neige)
Un arbre ouvre ses bras
À la neige
Une caresse glacée
Qui s'encolle à ses branches
Une peau immaculée
Qui poudre son squelette
© Julien Hoquet
(Sur L’arbre et la neige)
L'arbre-paon fait la roue
Dans une pluie de duvet
La grande roue de Noël
Fait tourner la forêt.
© Maria Ardouin
Ça commence au réveil.
L'absence d'écho a rétréci l'espace et le silence qui succède au vent et à la pluie des jours d'avant nous tient en éveil.
À travers le store la lumière nous fait un instant douter de la saison.
Nous poussons les volets de la cuisine et dans ce monde nouveau et inconnu, les empreintes en trident du moineau sur l'appui de fenêtre, nous disent que nous ne sommes pas seuls.
Alors comme s'il nous fallait l'annoncer, nous disons à voix haute: "Il a neigé!".
© Ariane Adam