Il rêvait de peindre La fluidité du mistral La
Il rêvait de peindre
La fluidité du mistral
La touffeur du soleil
Et surtout la montagne ardente
La montagne insolente
Qui se dérobait
Sous la lumière et le vent
Alors il peignait
Des paniers de pommes
Rondes comme des culs
Des corps de femme
Roses comme l'aurore
Et des rochers moisis
Comme des quignons de pain
Une bouteille verte
Un saucisson à l'ail
Et les pots de peintures
Attendaient la lumière
La lumière vive
Un chapeau, une pipe
Et le rayon qui traversera le cristal
S'amusera à renverser l’œil
Agitera son pinceau
Mais les couleurs picrates
Attiseront sa colère
Et son regard sombre
Au nord gronde l'orage
C'est Paris qui l'appelle
Et le voilà esclave
Des ciels taciturnes
Mais son génie l'écrase
Il crève de faim
Il dessine des fruits
Il est amoureux
Il dessine des fleurs
Il baise les blanchisseuses
Il caresse les seins de la fleuriste
Il sera refusé au Salon des Refusés
L'abricotier et l'oranger
Portent leurs parfums
Jaune et rouge
Au pied du gaillard
C'est la Provence qui le rappelle
Sous les feuilles pourpres
De l'Arbre de Judée
Il se la couille douce
Obsédé sempiternellement
Par cette montagne fabuleuse et monstrueuse
Il va la peindre une centaine de fois
Pour l'endimancher toute la semaine
Du feu de la vérité et de la splendeur mistralienne
© Julien Hoquet