Insomnie Neige blanche dans nuit noire ou neige
Insomnie

Neige blanche dans nuit noire ou neige noire dans nuit blanche ?
© fw
Insomnie

Neige blanche dans nuit noire ou neige noire dans nuit blanche ?
© fw
(Sur La neige dans la peinture européenne)
Une pie, tant pis
Ah! Qu'en sais-je?
Sur une clôture
Portée de solfège
Où bientôt
Pointeront peut-être
Deux pies et ce sera tant mieux
Ainsi tombera l'arpège
Sur les pas du peintre
Vais-je?
Laisser quelques empreintes
Où dansera le cortège
D'ombres cobalts
Et de lumières fabuleuses
Dussé-je?
Instantanément de ce piège
Révéler l'impression douloureuse
La pie bavarde
Quand son gosier s'étrangle
Ô sacrilège
En ce jardin enneigé
Si frêle
Qui ne s'allègent
Que de ces jacassements
Alors, qu'aurais-je?
Si elle picote mon cœur
Et ses ombelles glacées
Des flamboyantes Norvège
Une pie bavarde
Dans la neige
Que n'ai-je?
Deux pies qui chanteront
Encore au printemps
De tous mes sortilèges
© Julien Hoquet
La neige dans la peinture européenne
Les dessous du visible
(Sur L’arbre et la neige)
Claude, Camille, Jean, Auguste...et les autres.
- Dis Claude, t'as vraiment fait çà?
- Ben ouais...
-Tu ne vas pas l'exposer quand même?
- Ben...Si.
- Qu'est-ce qu'il t'a pris?
- J'avais perdu mes couleurs.
- Ah! Ça peut expliquer. Mais n'empêche ça surprend. Les habitués vont
devoir s'habituer
- Moi, je ne trouve pas ça mal, ça change
-Ah, pour changer, ça change, c'est bien ce que je disais. Franchement
Auguste, tu ne te mouilles jamais.
- Camille, tu ne dis rien, t'en penses quoi?
- Bof, moi tu sais, le noir et blanc… Mais avec du recul et sous un certain
angle...
- Bon sang dis ce que tu penses pour une fois!
- Je dis que Sainte Victoire, çà c'est quelque chose.
- On ne parle pas de Sainte Victoire. Paul est absent et on ne parle pas des
absents. On parle de cet arbre, dernière oeuvre surprenante de notre ami
Claude.
- Et tu comptes l'appeler comment s'il te plaît?
- " Impression arbre noir en blanc".
- J'ai comme une impression de déjà entendu.
© Ariane Adam
(Sur L’arbre et la neige)
Un arbre ouvre ses bras
À la neige
Une caresse glacée
Qui s'encolle à ses branches
Une peau immaculée
Qui poudre son squelette
© Julien Hoquet
(Sur L’arbre et la neige)
L'arbre-paon fait la roue
Dans une pluie de duvet
La grande roue de Noël
Fait tourner la forêt.
© Maria Ardouin
Ça commence au réveil.
L'absence d'écho a rétréci l'espace et le silence qui succède au vent et à la pluie des jours d'avant nous tient en éveil.
À travers le store la lumière nous fait un instant douter de la saison.
Nous poussons les volets de la cuisine et dans ce monde nouveau et inconnu, les empreintes en trident du moineau sur l'appui de fenêtre, nous disent que nous ne sommes pas seuls.
Alors comme s'il nous fallait l'annoncer, nous disons à voix haute: "Il a neigé!".
© Ariane Adam
Ma mère assise
Dans sa chaise berçante
Tricote un chandail
Une maille à l’endroit
Une maille à l’envers
Elle chante une chanson
Qui parle de la Normandie
Il neige
Un flocon à l’envers
Un flocon à l’endroit
Dans la cuisine
Il sent bon la soupe aux pois
Ma mère se berce doucement
Et ne pense à rien
L’horloge grignote le temps
Une seconde à l’endroit
Une seconde à l’envers
Dans la maison
Seule sa voix marmonne
Et s’accointe au silence
Avec le ronron langoureux
De la chaise berçante
Une vie à l’envers
Une vie à l’endroit
À la fenêtre danse la neige
C’est l’hiver qui joue
Aux cristaux de glace
Étoiles dendritiques
Agrégats de prismes
La buée suinte sur la vitre
Une goutte d’eau patine
De haut en bas
Et ma mère
Verse une larme
Sur sa balle de laine
Elle a oublié
Les paroles de la chanson
Ses mains tremblent
Les mailles s’entremêlent
Son cœur est à l'envers
La mort n'a plus rien à tricoter
© Julien Hoquet